La saison 2020 est terminée

Nous espérons que la situation se normalisera d'ici la saison prochaine et nous nous réjouissons déjà de vous emmener revoir les dauphins et les baleines à partir du 18 juin 2021.

Au plaisir de vous voir bientôt à Tarifa, Katharina Heyer et toute l'équipe de firmm.

Les baleines tueuses

par Jörn Selling

Un nom que je n'utilise jamais, par principe.

Orque ou Epaulard sont des noms bien plus appropriés pour désigner ces chasseurs majestueux, qui ne s’attaquent à priori pas aux humains lorsqu'ils sont à l'état sauvage. Néanmoins, c’est une question qui revient sans cesse de la part des participants aux excursions et aux stages. Quiconque fait des recherches à ce sujet trouvera deux attaques où il s'agit très probablement de jeunes animaux qui ont confondu des humains avec des proies. Ensuite, il y a bien sûr les attaques perpétrées par des orques en captivité. Celles-ci ne sont pas surprenantes et je peux les comprendre. Et pour finir, il y a cet étrange incident qui s'est produit en 1972 aux Galapagos, où un groupe d'orques a fait couler le voilier en bois de la famille anglaise "Robertson", qui a dû survivre 38 jours en mer dans un canot de sauvetage jusqu'à ce qu'elle soit rescapée par des pêcheurs japonais.

Lorsque le 7 août, la journaliste Susan Smillie du Guardian nous a contacté au sujet d’accrochages entre des orques et des bateaux, j'ai de suite pensé qu'il s'agissait d’affrontements entre les pêcheurs de thon et les orques dans le détroit de Gibraltar. Cependant, en juillet et en août, ce sont des voiliers qui ont été attaqués par des orques à proximité du détroit de Gibraltar. La dernière attaque a eu lieu au large de la Galice le 11 septembre 2020. Quand Susan m'a expliqué cette histoire, je n'en ai pas douté une seconde, car je connaissais l'histoire des Galapagos. D'après l’analyse des vidéos, des photos et des rapports de l'équipage, que nous avons obtenus avant la publication de l’excellent article sur le sujet, il paraît clair que les orques ont procédé de manière coordonnée et planifiée, comme elles ont l'habitude de faire lorsqu'elles chassent des grandes proies.

Lors de notre entretien par skype, je lui ai fait remarquer que les orques ont actuellement du mal à trouver leur proie favorite, le thon rouge, car nous, les humains, ne leur laissons presque rien. De plus, la technique qu'elles ont développé pour chaparder les thons des lignes de pêche reste très dangereuse. En effet, les pêcheurs leur tiennent tête, notamment avec des décharges électriques qu'ils utilisent pour paralyser les thons dans l'eau.

Deux orques femelles (Toni, la matriarche, et Lucía) ont chacune perdu une nageoire pectorale à cause de matériel de pêche, qu'il s'agisse de lignes ou de filets dérivants. Bien que l'Europe aie interdit leur usage en Méditerranée et qu’ils soient proscrits au niveau international, ces filets dérivants sont toujours utilisés par les pêcheurs Marocains. Entre 2014 et 2015, la jeune femelle "Lucía" a en plus perdu son nouveau-né, soit au cours du même incident qui lui coûta sa nageoire, soit peut-être en luttant contre sa blessure. En tout cas, en 2015, son bébé n'était plus auprès d’elle. On sait que, même dans des conditions normales, les baleineaux du détroit de Gibraltar ont peu de chances de survivre et qu'il existe un lien hypothétique entre la mortalité des baleineaux et les activités de pêche. Ceci dit, en 2017, Lucía a prouvé qu'elle était tout à fait capable d'élever un nouveau baleineau, malgré sa nageoire en moins.

Les nuisances sonores sous-marines de la navigation rendent bien sûr la vie plus difficile. Mais aussi les pêcheurs au gros traversant les groupes de globicéphales et de dauphins dans le vague espoir et la superstition que le thon se trouverait parmi ceux-ci. Leurs lignes sorties peuvent ainsi couper net les nageoires dorsales des globicéphales. Je ne serais pas surpris qu'ils naviguent également au milieu de groupes d'orques. Bien que nous n’en avons pas encore été témoins, comme ce fut le cas pour les globicéphales.

Maintenant, la question se pose de savoir pourquoi les orques ont attaqué des voiliers.

S'agissait-il d'un comportement agressif ou d'un jeu ? Nous ne pouvons qu’émettre des hypothèses.

Si nous considérons qu’il s’agit d’un comportement agressif, ceux et celles qui, comme moi, prennent le parti des animaux peuvent y voir un parallèle avec le livre de Frank Schätzing « Abysses ». Ce livre raconte comment des micro-organismes colonisent le cerveau des animaux et prennent le contrôle de leur comportement pour se retourner contre l'humanité. La probabilité de l’influence des micro-organismes sur le comportement à été suffisamment prouvé, comme par exemple dans le cas de la rage. Chez les humains, ce sont les champignons, le toxoplasme et la flore intestinal qui sont susceptibles d’influencer le comportement. Les autopsies de certaines baleines côtières ont révélé que la mort était causée par une invasion de toxoplasme. Ce dernier est un germe qui n’est pas naturellement présent dans l’océan et qui pourrait provenir des eaux usées (par exemple, lors du nettoyage des literie pour chats). Dans certaines circonstances, ce pathogène peut également causer la mort chez les humains, mais généralement, il ne fait que se nicher dans notre organisme. Il est cependant susceptible de rendre certaines personnes infectées plus téméraires et plus agressives. Les eaux usées du détroit de Gibraltar ne sont pas traitées de manière efficace, et celles de Tarifa ne sont traitées que depuis deux ans à peine. Cependant subsiste un doute si le toxoplasme pourrait également affecter le comportement des dauphins (auxquels appartiennent les orques), ou s'il leur est essentiellement mortel.

Dans les eaux européennes, les orques du détroit de Gibraltar sont, après celles du Royaume-Uni, les plus contaminées par les PCB, bio-accumulés dans leurs proies. Les niveaux moyens de PCB dépassent sensiblement tous les seuils de toxicité connus des PCB pour les mammifères marins. La mer Méditerranée occidentale et le sud-ouest de la péninsule ibérique sont des véritables "points chauds" mondiaux de PCB pour les mammifères marins.

Voilà donc autant de raisons qui pourraient rendre les orques de plus en plus hostiles à notre égard.

Sans parler de tout le stress que nous leur infligeons. Le fait que nous leur laissons très peu de thon est aggravé par le bruit sous-marin de nos activités maritimes. Il convient de remarquer que les attaques ont eu lieu après le confinement. En effet, la région est restée anormalement calme au mois de mai et juin, surtout au large de Barbate et de Trafalgar. Et c’est là où deux des attaques ont eu lieu, à 50-60 km au nord des voies de navigation du Détroit de Gibraltar. Bien que les cargos ont continué de naviguer un temps soit peu dans le détroit, les pêcheurs et autres bateaux de plaisance n’ont pas été autorisés à prendre la mer. Ce sous-groupe d'orques, qui chasse principalement au large de Barbate et Trafalgar, a peut-être bénéficié d'un calme sans précédent qui lui a permis de mieux localiser le thon au sonar. Ont-elles été irritées par à la reprise du trafic maritime dans cette zone ?

Une autre hypothèse est que le comportement observé cadre dans l’apprentissage ludique de techniques de chasse par les ainées aux jeunes baleineaux.

Les orques opportunistes et mangeuses de mammifères (à distinguer des orques piscivores) s’entraînent en groupe en choisissant une victime présumée (un baleineau, une otarie ou quelque chose de plus gros …) pour enseigner aux baleineaux comment chasser des grandes proies. Ainsi les orques mordent les nageoires de la proie pour la rendre incapable de fuir, mais le plus souvent elles éperonnent leur victime. On sait que les orques mordent les safrans des voiliers, mais la plupart du temps, cela reste sans dommages pour les bateaux. Dans les cas en question, certains safrans ont été abimés par les impacts et compressions répétés. Les orques sont tout à fait capables de sentir que ce sont les safrans qui dirigent le bateau. Nous avons d’ailleurs souvent vu des jeunes orques nager sur le dos en dessous de la poupe, en observant le système de propulsion et gouvernail du navire. Une fois il y en avait trois en même temps. Ceci dit, les orques du détroit de Gibraltar sont piscivores.

Le temps nous dira si ces incidents resteront ponctuels, comme ce fut le cas dans le Pacifique, ou s’il y en aura d’autres, qui nous permettront peut-être d’en trouver la cause.

When life is good
Quand la vie est belle

Entre-temps, les orques ont perpétré de nouvelles attaques contre des voiliers au large de la Galice. Elles semblent surtout attirées par les voiliers de petite et moyenne taille qui ne naviguent pas trop vite (voir l'article en allemand). Y ont-elles pris goût ? Est-ce que ce sont des baleineaux impétueux ? En tout cas, par mesure de précaution, les garde-côtes espagnols ont déclaré la zone interdite à ce type d’embarcation.

La première chose à faire est d’identifier les animaux,

car selon qu'il s'agit d’une même famille ou que tous les groupes de la région sont concernés, les conclusions seront très différentes. On dit qu'à la fin de l'été, "nos" orques suivent les thons en direction du golfe de Gascogne. Dans ce cas, il pourrait s'agir du même groupe et le timing correspondrait aussi au 11 septembre au large de la Galice.

En tout cas, les orques ont réussi à capter notre attention. Nous voulons les aider à ne pas être considérés comme des agresseurs mais comme des animaux perturbés qui, malgré tout, se comportent pacifiquement envers nous, les humains. Il semble qu'elles n'aient aucun intérêt à nous attaquer, sinon elles auraient également anéanti les Robertson.

D’un autre côté, ce serait une bonne chose d'interdire les pistolets paralysants dans la région et d'indemniser les pêcheurs pour le thon qu'ils perdent au profit des orques ; de même que les éleveurs qui perdent leurs animaux de ferme au profit des loups. Et aussi que tout le monde repense sa consommation de thon, car là où la demande est forte et où l'argent règne, des choses horribles se produisent. Pour clôturer, voici une video qui prouve bien que les orques sont pacifiques envers nous.

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